Je viens de terminer à regret la lecture du dernier roman de
Jean-Marc Ligny : "AQUA TM" (L'Atalante - oct 06). Je l'ai vécu comme
un très grand moment de lecture. J'ai enchaîné les événements de cette histoire
proche comme il a voulu qu'on les enchaîne.
Jean-Marc Ligny situe le corps de son roman dans les années
2030, un futur relativement proche pour une presque science-fiction. Comme
beaucoup d'auteurs contemporains, son message anticipe les effets de l'homme
dit moderne sur l'évolution de la planète. Comme tant d'écrivains, comme les
cinéastes ou même les scientifiques, son décor accumule tornades, pluies
trorrentielles, sécheresse extrême, famines et autres plaies d'un XXIème siècle
commençant. Mais chez lui, dans cet épais roman de 130 pages!, rien n'est trop
pesant, rien n'est gratuit, rien n'est remplissage ou convenance et c'est sans
doute cela qui le rend plus inquiétant. L'intrigue est bien charpentée avec des
rebondissements et des personnages criant de vérité.
Ligny leur donne vie avec un tel talent qu'ils nous
deviennent proche, on les a côtoyés; certains sont vite devenus nos amis :
Laurie, bien sûr, mais aussi Rudy, le chauffeur du camion humanitaire qui
parcourt l'Afrique pour une ONG.
L'Afrique, c'est le lieu central de l'action -et de l'action
il y en a! on est dans un film et ça trépide- l'Afrique, un pays que Jean-Marc
Ligny connaît bien. On y retrouve les coutumes, les cérémonie, le langage, les
costumes, les couleurs, la musique et... la magie. Ce décor va permettre à
l'auteur de donner, en filigrane, toute la dimension imaginaire du récit. Vous aimez l'Afrique ou la méconnaissez, le récit, palpitant,
vous plaira. Vous aimerez Abou et l'amour qu'il porte à Laurie.
On suit, sur plusieurs chapitres, le parcours d'un
chargement de pompes destinées à exploiter un gisement d'eau -véritable trésor
en ces temps de désolation. Cheminement de deux occidentaux, seuls à bord d'un
camion, seuls mais bravant toutes les embûches, seuls et attachant. Cette
course vers le Burkina-Faso n'est jamais lassante -sauf pour les passagers du
camion!- On accélère avec le camion, parfois on le sent poussif ou cassé; puis
le récit redémarre avec lui. Là encore s'exprime tout le talent de Jean-Marc
Ligny. Il excelle dans les descriptions -des pages entières seront des morceaux
d'anthologie qu'on étudiera dans les écoles!- comme il excelle dans les scènes
d'amour.
Si Jean-Marc Ligny nous fait aimer l'Afrique, il nous donne
la nausée américaine avec ses consortiums, ses magouilles armées par le bras de
la technologie, ses sectes pilleuses d'humanité(s) et ses PDG déshumanisés. Il
montre du doigt les hégémonies et ne se prive pas de faire plier les genoux aux
trop grands d'outre-atlantique. Les vitrages de leurs tours de verre les a
rendu aveugles et désentimentalisés, lobotomisés.

*Oubliez vite le roman de Kim Stanley Robinson - que nous
aimons beaucoup par ailleurs notamment pour son cycle de 3 romans sur la
terraformation de la planète Mars. Dans "Les quarante signes de la
pluie" (Presses de la Cité - oct 06) il s'enferre, s'enferme, sans
panache.
A lire par contre, sur le même registre, l'excellent
Jean-Pierre Andrevon dans "Le Monde enfin" (Fleuve Noir - janv 06) :
"Un vieil homme parcourt à cheval la France, vidée de ses habitants comme
la totalité de la planète à la suite d'une pandémie foudroyante 45 ans plus
tôt." Très poétique, du grand Andrevon, comme on l'aime. Le maître du
"post-cataclysmique".
Vous l'aurez compris, je tiens ces auteurs en très haute
estime et les considère comme les écrivains les plus marquant de la SF
aujourd'hui.